Les migrants « libyens » se défendent d’alimenterl’insécurité
jeudi 14 juillet 2011 par Hassane Boukar
Réunis le 23 juin 2011 dans les locaux de la radio Alternative de Zinder à l’occasion d’un forum radiophonique organisé par cette station, une cinquantaine de jeunes migrants de retour de la Libye se sont insurgés contre le qualificatif de « malfrats » par lequel certains les désignent. Pour eux « le migrant c’est d’abord quelqu’un qui travaille pour aider sa famille et son pays, les malfrats par contre sont des gens qui « aiment le gain facile » et donc ils sont à chercher ailleurs » …
Ils sont une cinquantaine de jeunes ! Ils font partie des 100 000 nigériens qui ont regagné le bercail en provenance de la Libye à cause de la guerre. Rien que pour la région de Zinder, ils seraient entre 50 et 60 000. Sous le choc et dépourvus de tout moyen, ils sont revenus au point de départ. Le défi qui se pose à eux aujourd’hui est de tout reconstruire. Pour ceux d’entre eux qui se sont retrouvés ce 23 juin dans les locaux de la radio Alternative de Zinder, ils ont aussi d’autres soucis à gérer. En effet, dans cette région, les migrants libyens sont accusés d’être les auteurs de l’insécurité. « Avec des armes qu’ils auraient rapportées dans leurs valises », ils se livreraient à des attaques à main armée sur différents axes routiers de cette région située à l’Est du Niger.
Il y a effectivement une coïncidence entre le regain d’insécurité dans cette région et le retour en masse des migrants en provenance de la Libye. Dans le nord de la région de Zinder, dans le département de Tanout notamment, certains malfrats ont défrayé la chronique il y a quelques semaines en se livrant à des attaques à main armée en plein jour. Ils s’en prennent aux passagers de véhicules de transport qui empruntent certains axes routiers. Des actes similaires ont été signalés dans d’autres régions du Niger et notamment dans les centres urbains. Et depuis, le doigt accusateur pointe vers le migrant de retour de la Libye. Au sein d’une opinion largement arrosée par des flots d’informations des médias qui laissent croire que le régime libyen aurait distribué des armes à tour de bras depuis le début du conflit, le migrant de retour de la Libye est devenu l’accusé idéal par rapport à l’insécurité. « Avant notre arrivée, il y avait des malfrats dans ce pays. Les attaques à main armée dans ce pays, ne datent pas d’aujourd’hui » se défend Abdou, de retour de Misrata via l’Egypte. « Nous, nous aidons nos familles à subvenir à leurs besoins ; nous apportons notre soutien pour combattre la faim et la pauvreté. Nous ne sommes pas des malfrats » réagit à son tour Mahamadou, qui a séjourné environ 18 mois en Libye. D’autres rapportent qu’ils ont eux-mêmes été victimes de ces malfrats, notamment sur l’axe Agadez-Dirkou, au moment où ils partaient vers la Libye. Ils sont donc surpris d’être aujourd’hui les boucs émissaires. Cette situation est une épreuve de plus pour des jeunes qui ont tout perdu. Ceux d’entre eux qui ont vécu dans des conditions d’accueil difficile en Libye sont davantage déçus de retrouver chez eux aussi une sorte de stigmatisation.
Aujourd’hui, malgré l’adversité, certains de ces migrants essaient de se frayer un chemin au pays. D’autres par contre, entendent retourner en Libye, « dès que la situation s’améliore ».
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