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Tentative avortée de coup d’état au Niger

Le Président de la République doit convaincre ses compatriotes...

jeudi 11 août 2011 par Moussa Tchangari

Après seulement trois (3) mois d’exercice du pouvoir, le Président Issoufou Mahamadou a failli être victime, dans la nuit du 12 au 13 juillet 2011, d’un complot visant à le renverser ; c’est en tout cas l’information que le Chef de l’État a livré lui-même, le 2 août dernier, lors de son message à la Nation à l’occasion du 51ème anniversaire de l’accession du pays à l’indépendance. La rumeur d’une tentative avortée de coup d’état militaire avait circulé pendant plusieurs jours dans la capitale, relayée même par certains médias internationaux ; mais, aucune voix officielle n’ayant confirmé ou infirmé cette rumeur, l’opinion publique nigérienne ne s’en était pas beaucoup émue, jugeant sans doute cette information invraisemblable.

En effet, il importe de souligner que l’opinion publique nigérienne, bien que particulièrement friande de rumeurs, est devenue de plus en plus méfiante vis-à-vis des telles informations ; surtout, après la triste affaire de tentative de coup d’état et d’assassinat ayant abouti à l’arrestation, au cours de la période de transition, du Colonel Abdoulaye Badié, secrétaire permanent du CSRD, et de ses proches. Cette triste affaire montée de toutes pièces, sanctionnée finalement par une décision de justice innocentant les officiers accusés, est encore fraiche dans les esprits ; et il était normal que nombre de citoyens nigériens n’accordent pas de crédit à une rumeur faisant cas d’une tentative de coup d’état militaire que rien ne saurait d’ailleurs justifier à leurs yeux.

Aujourd’hui encore, il est frappant de constater que de nombreux citoyens demeurent sceptiques quant à la véracité de la tentative de remise en cause de l’ordre constitutionnel dénoncée solennellement par le Président Issoufou en personne ; car, il faut dire que le Chef de l’État n’a apporté que très peu d’éléments nouveaux, notamment en matière de preuves, par rapport aux informations véhiculées depuis plusieurs jours déjà par certains médias internationaux. Cette situation n’est malheureusement pas de nature à mettre fin aux spéculations diverses, et parfois fantaisistes, autour de cette affaire dont la gravité ne doit pourtant échapper à personne. Comme l’a si bien souligné un observateur de la scène politique nigérienne, qu’elle soit avérée ou inventée, cette affaire révèle avant tout que le climat d’angoisse, qui a plané sur le pays au cours des derniers mois de la transition, est loin de se dissiper.

En effet, il convient de rappeler que la transition a été une période d’intenses et profondes angoisses tant pour les ténors de la junte militaire, qui ont dû renforcer les mesures de sécurité autour de leurs résidences, que pour les principaux leaders politiques, qui ont dû envisager les pires scénarios de leur carrière. La méfiance entre les différents acteurs de la scène politique, qu’il s’agisse des militaires ou des politiciens, était si grande que l’issue de la transition paraissait elle-même incertaine aux yeux de nombreux observateurs. Le climat politique général dans le pays était tel qu’une large frange de l’opinion en était arrivée à considérer que la plus grande prouesse de la transition serait finalement d’arriver à son propre terme ; et surtout d’organiser dans la sérénité la cérémonie du passage de témoin entre le chef de la junte militaire et le président élu.

Aujourd’hui, le souvenir de cette période d’intenses angoisses ne peut manquer de rappeler à de nombreux citoyens nigériens la fragilité originelle des institutions nées dans un contexte de grande incertitude. La tentative avortée de coup d’état militaire contre le Président issoufou Mahamadou démontre, de ce point de vue, combien il est délicat pour lui de porter l’héritage légué par le CSRD. Le Chef de l’État doit convaincre ses compatriotes, voire se convaincre lui-même, que sa victoire n’est pas l’œuvre de la junte militaire ; et ce, même s’il est vrai que quelques décisions cruciales de cette junte, telles que son refus de revenir sur l’invalidation des listes des candidats aux élections législatives, ont bien pu lui en profiter. Convaincre les Nigériens, cela suppose que le Président Issoufou doit exercer un droit d’inventaire sur la gestion du pays par la junte militaire ; étant entendu que, de l’avis d’un grand nombre de citoyens, cette junte n’est pas au dessus de tout soupçon. Selon de nombreux observateurs, la tentative avortée de coup d’état militaire ne peut d’ailleurs être dissociée des affaires de détournement de deniers publics révélées ces dernières semaines par le gouvernement lui-même et relayées par les médias. Cette conviction se fonde en partie sur le fait que les deux principaux officiers impliqués dans cette affaire, à savoir le capitaine Ousmane Hambaly et le lieutenant Issa Kountché, sont considérés comme des proches du général Salou Djibo ; mais, on sait également que de nombreux observateurs n’ont pas manqué de saisir toute la signification du lien établi par le Chef de l’État lui-même entre la tentative de coup d’état et la décision du gouvernement de « mener une action vigoureuse contre les détournements de deniers publics opérés notamment à travers le paiement de fausses factures ».

Quoi qu’il en soit, il apparaît clairement que si le Président Issoufou veut réellement lutter contre la corruption, il va falloir qu’il prenne son courage à deux mains et envisage tous les cas de figure possibles. Le premier cas de figure, c’est celui d’une action rapide de ceux qui ont intérêt à ce que la corruption prospère dans le pays ; et cette action peut prendre la forme soit d’un coup d’état militaire en bonne et due forme, soit d’un complot visant à assassiner « le traitre ». L’histoire a démontré que les prédateurs des deniers publics ont parfois une longueur d’avance sur ceux qui veulent changer les choses ; car, guidés uniquement par leurs intérêts mesquins, ils ne répondent d’aucun impératif éthique ou moral susceptible de freiner leurs projets. Si donc la lutte contre la corruption dont parle le Président Issoufou doit cibler tout le monde, y compris ceux qui l’ont aidé à accéder à la magistrature suprême, la question est alors de savoir sur quelles forces peut-il s’appuyer pour « juguler la corruption et toutes les pratiques qui réduisent l’efficacité de la mobilisation des ressources internes et celle de la dépense publique ». Électoralement, les forces susceptibles de s’opposer à toute initiative anti-corruption sont presque majoritaires dans le pays ; mais, cela ne devrait pas suffire à décourager toute action résolue contre ce phénomène décrié par la majorité des Nigériens, y compris une large frange de ceux qui constituent aujourd’hui l’électorat des prédateurs des deniers publics. Le défi pour le Président Issoufou est de définir une stratégie claire visant à chercher le soutien de cette majorité des Nigériens dont le rêve est de voir leur pays à jamais débarrassé de la corruption et de l’impunité.


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