La CDSCN dénonce le gaspillage de l’argent public
vendredi 11 novembre 2005
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La société civile chapeautée par Kassoum Issa, le tout puissant Secrétaire Général du Syndicat national des enseignants du Niger (Snen) continue d’occuper les rues de la capitale. Après les manif monstres des mois d’avril et de mai pour protester contre la loi des Finances rectificative 2005 et l’instrumentalisation de la justice, elle continue de battre le pavé, avec comme nouveau thème de mobilisation, la distribution gratuite des vivres. En dépit de toute la campagne de sabotage orchestrée par le Gouvernement et ses délateurs au sein du mouvement associatif, la Coordination Démocratique de la Société Civile (CDSCN) a réussi le pari d’organiser sa marche suivie de meeting le 2 juin dernier. Même si elle n’a pas réuni grand monde-ce n’était pas l’objectif principal visé par les organisateurs- cette action de protestation a eu le mérite d’alerter l’opinion publique sur la catastrophe humanitaire qui frappe près de quatre millions de nos concitoyens. Mieux, elle a été l’occasion d’établir une ligne de démarcation entre les structures qui se réclament de la société civile, mais surtout de dévoiler le vrai visage des leaders qui s’engagent dans les luttes sociales dans le but inavoué de se faire coopter dans le cercle restreint de personnes qui ont accès à la mangeoire publique. Mais, il s’agit là d’un débat que nous aurons certainement l’occasion d’ouvrir dans les colonnes de votre journal.
Le plus écœurant, c’est l’insouciance que semble affichée les niaméens vis-à-vis de la grave famine qui frappe leurs concitoyens. Pour la CDSCN, il est inacceptable que le Chef de l’Etat consacre plus de temps et d’énergie à l’achèvement du chantier du village des 5èmes Jeux de la Francophonie qu’à la famine. Nous vous proposons dans son intégralité, la déclaration lue par son coordonnateur à l’occasion du meeting du 2 juin.
Au moment où nous tenons le présent meeting contre la faim, deux (2) de nos camarades de la société civile, Ilguilass Weila et Alassane Biga, respectivement Président de l’association Timidria et Secrétaire général adjoint de la section Timidria de Tillabery, croupissent à la prison civile de Niamey, à quelques mètres d’ici, sous l’accusation fallacieuse de tentative d’escroquerie. Nous tenons ici à exprimer notre solidarité et notre soutien indéfectible à ces deux (2) responsables associatifs, victimes de l’arbitraire d’un régime qui s’obstine à nier l’existence dans notre pays de pratiques esclavagistes et à réprimer ceux qui osent s’élever contre ces pratiques. Nous continuons à exiger la libération sans condition de Weila et Biga, et l’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir exécutif, ainsi que le renouvellement des membres de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales.
Famine généralisée, exode massif, mort lente des bébés
Notre meeting se tient surtout au moment où des millions de femmes, d’enfants et d’hommes vivent dans une situation de profonde détresse du fait de la famine qui sévit dans presque toutes les régions de notre pays depuis plusieurs mois déjà. Plusieurs témoignages venant des médias nationaux et internationaux, des chefs traditionnels, des ONG nationales et internationales, des organismes tels que la FAO, le Programme Alimentaire Mondial (PAM), et l’Unicef, indiquent que la situation est particulièrement critique pour les populations rurales, contraintes souvent de quitter leurs villages ou de se livrer à la fouille des fourmilières et des termitières. Les informations et les images les plus macabres diffusées par les médias concernent les femmes et les enfants, tenaillés par la faim et errant dans la brousse à la recherche de quelque chose à se mettre sous les dents. Des nombreux enfants ont quitté les bancs de l’école, et risquent de ne plus y retourner.
Par la force des choses, des milliers de femmes sont devenues des chefs de ménage, après le départ de leurs maris. Plusieurs femmes ont assisté impuissantes et désemparées à la mort lente de leurs bébés. Le taux de mortalité infantile, qui est l’un des plus élevés au monde, a fait un bond extraordinaire dans notre pays. Les chiffres avancés par l’UNICEF sont révélateurs à plusieurs égards de la gravité de la situation. Cet organisme des Nations Unies avance le chiffre effrayant de plus de 370 000 enfants menacés par la faim. La situation est d’autant plus critique que chaque semaine quatre (4) enfants sur dix (10) sont emportés par la faim dans certaines contrées de notre pays, notamment dans la région de Maradi, où seules quelques ONG internationales s’efforcent de porter secours à des femmes désemparées.
Le pouvoir nie l’existence de la famine et impose aux médias publics un black Out sur la situation
Face à cette situation dramatique, les autorités nigériennes se sont évertuées, jusqu’au 28 mai dernier, à orchestrer une propagande visant à minimiser voire à nier l’existence de la famine dans le pays. Nous avons été particulièrement choqués par la sanction prise à l’encontre d’une journaliste de l’organe Sahel Dimanche, dont le seul tort a été de croire que le devoir de la presse publique est d’informer objectivement les citoyennes et les citoyens sur la situation de famine. Nous avons été aussi choqués et sidérés par la campagne de dénigrement menée par la Télévision nationale à l’encontre d’une journaliste française, qui avait cru utile d’alerter le monde entier sur la situation critique que vivent les populations nigériennes.
Ces entraves au droit du public à l’information sont d’autant plus inacceptables pour nous qu’elles proviennent, selon des sources concordantes, du cabinet du Président de la République, garant du respect de la Constitution adoptée par le peuple souverain. Nous sommes sidérés de constater que le Chef de l’Etat consacre plus de temps et d’énergie à l’achèvement du chantier du village des 5èmes Jeux de la Francophonie qu’à la famine qui frappe près de 4 millions de Nigériens. Nous sommes sidérés également de constater que le sort de ces millions de Nigériens ne le préoccupe pas autant que celui des héritiers du défunt dictateur togolais, dont il est devenu un des plus fervents soutiens.
La CDSCN réitère son exigence de la distribution gratuite des vivres
Comme nous l’avons annoncé dans nos différentes déclarations, l’objectif de notre manifestation d’aujourd’hui est d’exiger du gouvernement la distribution gratuite des vivres aux populations en proie à la famine. C’est une exigence minimale, à la fois morale et démocratique, au regard de l’ampleur du drame humain qui se joue dans les villes et villages de notre pays. Exigence morale, parce que nous estimons qu’il est humainement inacceptable que près de 4 millions de nos concitoyens soient laissés à eux-mêmes sans nourriture, alors que les princes qui nous gouvernent s’octroient des avantages faramineux, s’enrichissent à un rythme particulièrement élevé, et font pousser des grands immeubles à tous les coins de rue. En l’espace de quelques années, le régime en place a fait de nombreux milliardaires, par le biais de marchés de gré à gré, de paiement sans autorisation préalable (PSOP) et des lettres d’autorisation de paiement (LAP).
Exigence démocratique, parce que l’Etat nigérien a la responsabilité de veiller à la jouissance par les citoyennes et les citoyens du droit à l’alimentation. Il est scandaleux et inacceptable qu’un Etat démocratique laisse des millions de personnes mourir de faim, en consacrant une partie essentielle des ressources publiques au paiement du service de la dette extérieure. Il importe de souligner que le gouvernement prévoit dans son budget de payer 129 milliards aux créanciers internationaux, alors que 8 milliards seulement suffiront à donner à manger aux populations pauvres et affamées.
Le drame de Tamaské
Les tristes événements survenus dans la Commune de Tamaské, où les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur des civils en colère, nous démontrent clairement que l’opération vente de vivres à prix modéré n’est pas une solution face à la famine actuelle. Les quantités de vivres mises en vente sont particulièrement insuffisantes pour couvrir les besoins. A Tamaské, une Commune rurale d’environ 20 000 habitants, c’est seulement 80 sacs de mil qui ont été mis en vente. Le partage totalement partisan effectué par le Chef de Canton a suscité, comme il fallait s’y attendre, une vive tension ; car, même ceux qui sont solvables en ces temps de famine, ont réalisé qu’ils peuvent être exclus de la vente à prix modéré, en fonction de leur coloration politique.
Outre le problème de quantité, il convient de souligner avec force que la majorité des Nigériennes et de Nigériens, qui sont en proie à la famine, n’ont pas l’argent nécessaire pour acheter les vivres à prix modéré. C’est le lieu de rappeler que plus 63% de la population disposent de moins de 500 francs CFA par jour pour subvenir à l’ensemble de leurs besoins. Durant toute une année, un pauvre gagne donc moins de182 500Fcfa pour nourrir, désaltérer, loger, habiller, soigner, éduquer sa famille, et payer des taxes injustes telles que la TVA sur les produits de première nécessité à l’Etat.
Gaspillage de l’argent public
Un député national dispose pour couvrir ses besoins de près de 1,5 million de francs CFA par mois, c’est-à-dire plus de huit (8) fois ce qu’un paysan pauvre peut gagner en une année. Un ministre de la République gagne autant, sans compter les frais de mission, les retours sur les marchés octroyés à des commerçants proches, etc.
Le Président de la République, le Président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre disposent, outre leurs salaires et autres avantages, de 31 millions de francs CFA chaque semaine au titre de fonds politiques. Cet argent sorti de la poche du contribuable, ils peuvent le dépenser comme ils veulent et n’ont de compte à rendre à personne. L’Etat nigérien fonctionne comme une entreprise privée, dont les principaux membres du Conseil d’administration ont le droit de se tailler des avantages faramineux, de nommer leurs fidèles aux postes juteux, d’octroyer des marchés à leurs amis, de truquer les concours au profit de leurs enfants et ceux de leurs proches, bref de faire ce qu’ils veulent. En toute impunité.
Non à la démocratie bananière !
Comme vous pouvez le constater, la démocratie dans notre pays est entrain d’être transformé progressivement en un système politique dans lequel une poignée d’individus s’est attribuée le droit de s’accaparer de l’essentiel des richesses produites par tous, tandis que la majorité doit affronter les affres de la faim, de la soif et des maladies. Notre démocratie n’a aujourd’hui aucun contenu social, puisque l’Etat n’assure aux populations ni soins de santé, ni accès à l’eau potable. Des milliers de jeunes n’ont pas accès à l’éducation, ceux qui sont sortis des universités sont voués au chômage, les plus chanceux n’ont que des emplois précaires. Nous sommes dans une démocratie où les inégalités entre les citoyens se creusent inexorablement dans tous les domaines, une démocratie où les votes des citoyens sont comptabilisés comme des actions par ceux sur lesquels ils se sont portés.
Nous sommes ici pour dire Non et Non à ce type de démocratie, où la souveraineté appartient dans les faits aux institutions financières internationales. Nous sommes ici, pour exiger que notre démocratie soit résolument sociale, pour exiger que l’argent public serve à assurer des services publics au peuple. Aussi, au nom du droit à l’alimentation, nous exigeons la distribution gratuite des vivres aux populations en proie à la famine. Nous exigeons que des centres d’assistance et de prise en charge des enfants en situation de malnutrition soient ouverts par l’Etat. Nous exigeons que les principes de transparence et d’équité soient respectés dans la distribution gratuite des vivres. Nous exigeons que le budget de l’Etat nigérien soit révisé, afin que des ressources substantielles soient consacrées à l’achat des vivres, des semences et de fourrages. Nous exigeons que les fonds politiques et les fonds spéciaux soient réduits au moins de moitié.
A toutes ces exigences, nous connaissons depuis quelques jours les réponses des autorités en place : il est irréaliste d’envisager une distribution gratuite des vivres des semences et des fourrages ; pas question de toucher aux fonds politiques et aux avantages des hauts responsables de l’Etat. Ces réponses ont été données le 28 mai dernier par le Premier ministre Hama Amadou, à l’occasion de la présentation, devant l’Assemblée nationale, de sa Déclaration de Politique Générale. En votre nom à tous, il me plait de lui annoncer que les citoyennes et les citoyens de ce pays ne baisseront pas les bras et poursuivront leur lutte pour une démocratie sociale. Nous manifesterons chaque semaine, s’il le faut, pour exiger la distribution gratuite des vivres aux populations affamées.
Je vous remercie !
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