La santé malade de sa « gratuité »
lundi 21 octobre 2013 par Albert Chaïbou
La politique d’exemption de paiement des soins est aujourd’hui malade. Les maux dont elle souffre sont bien connus. Il s’agit du sous financement et de la mauvaise gestion avec des agents de santé qui ont remisé le serment d’Hippocrate pour tricher à travers des fausses factures ou des surfacturations. La gratuité des soins a été plusieurs fois au centre de débats et multiples réflexions menés dans le pays. Que de batteries de recommandations faites au cours de la conférence nationale pour le renforcement de la gratuité des soins tenu à Niamey du 13 au 15 mars 2012 ! Mais jusque là peu d’actions ont été concrétisées. La Santé elle reste toujours malade de sa gratuité mais aussi de l’omerta dont ses responsables ont voulu l’entourer.
Au Ministère de la santé tout comme à la Direction régionale de la santé de Tahoua et dans le district sanitaire de Keita, la rétention de l’information a été la chose la mieux partagée par les responsables. Et cela, en dépit de l’existence d’une loi sur l’accès à l’information publique et aux documents administratifs. Cette gestion opaque de l’information est un autre signe qui atteste que le pays va mal !
L’improvisation de l’Etat qui n’avait pas prévu un budget pour financer la mesure a sérieusement compromis la mise en œuvre effective de cette politique. C’est grâce à une intervention d’urgence de l’Agence Française de Développement (AFD) qui a utilisé un reliquat d’aide budgétaire que le dispositif a pu fonctionner. Avec une allocation annuelle qui couvre à peine la moitié des besoins réels, l’Etat n’a fait que compliquer davantage le financement de cette heureuse initiative. En effet, pour des besoins estimés à 8 milliards voire plus, le budget alloué à la gratuité n’a guère atteint les 7 miiliards. Cette année, le projet de budget prévoit 6,5 milliards de francs CFA pour le financement de l’initiative alors même que les arriérés dus aux centres de santé sont estimés à 20,5 milliards de francs. Du début de l’opération en 2006 au 31 mai 2013, le cumul des factures envoyées par les centres de santé au Ministère de la Santé est de 42.843.397.991 francs CFA. Le montant des factures transmises au Ministère des finances est de 35.523.116.963 Fcfa et celui remboursé s’élève à 16.485.881.667 Fcfa. Le montant qui reste à rembourser est de 29.773.993.416 Fcfa soit un taux de remboursement de 38,48%. Le ministère des finances impute ce faible taux aux retards pris au niveau du Ministère de la santé dans la transmission des factures valides. Pour contourner la difficulté, le ministère de la santé installe dans les districts sanitaires un progiciel de gestion des factures. Mais le problème n’est pas pour autant réglé. Des cas de surfacturations persistent et des factures transmises par la cellule de la gratuité et validées par le ministère de la santé peuvent attendre six (6) mois au Trésor avant leur règlement. Ainsi, un circuit complexe de remboursement est établi entre le ministère de la santé, celui des finances et le Trésor avec des procédures multiples de vérification parfois inefficaces. On réexpédie aux formations sanitaires des factures non conformes, et on attend un ou deux ans, voire plus, pour rembourser les prestations effectuées. Ce qui du coup impacte de façon dramatique sur le fonctionnement des centres de santé qui se trouvent privés de moyens pour acheter les médicaments.
Pour pouvoir exécuter leurs paquets d’activités, ces centres de santé, en rupture de stocks s’endettent auprès des centrales d’achat privées. Dans certains cas, ce sont les comités de gestion de la santé (Coges) qui utilisent leurs réserves pour apporter une bouffée d’oxygène aux CSI à travers l’achat de quelques médicaments moins couteux. Avec l’asphyxie des Csi, les populations sont désormais contraintes de payer pour les soins, pourtant couverts par la « gratuité » ! Autrement dit, c’est l’argent des usagers qui finance la gratuité ! Le cas de la commune de Badaguichiri (Tahoua) en est assez illustratif.
Albert Chaïbou
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