L’UMP, un parti politique africain en France ?
vendredi 14 décembre 2012 par Souley Adji
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- Imbroglio, p1
La première grosse surprise vint d’abord de l’élection de Jean-François Copé, maire de Meaux, alors que les sondages donnaient largement favori son concurrent, l’ancien Premier ministre, François Fillon. Une victoire d’ailleurs étriquée, puisque l’avance du vainqueur n’était officiellement que de 98 voix. Il n’en fallut pas plus pour que les partisans de l’ex Premier ministre crient au scandale, voire au holdup électoral. D’aucuns ont même parlé de coup d’Etat, de coup de force ; d’autres de farce électorale. S’étant autoproclamé Président élu avant même que la commission électorale ne le fasse formellement, Copé, jusque-là en charge du parti, fut vite imité par Fillon, lequel, tout de go, annonça qu’en réalité il demeure le véritable et seul vainqueur du scrutin. Un fauteuil pour deux candidats.
La spirale des démentis et de l’intox, des propositions et contre-propositions, est dès lors vite enclenchée. Guerre des nerfs, guerre des chefs. Le soir même de ces fanfaronnades, l’un est invité du journal de TFI, l’autre de France 2, deux chaines de télévision très suivies ; et tout en félicitant les militants, chacun tendit la main à l’autre pour tourner définitivement la page électorale. Rien n’y fit, le ver était dans le fruit. La trêve ne dura qu’une nuit. Les soutiens de chaque candidat se répandirent en effet rapidement dans les médias, Twitter n’étant pas le moindre. Les attaques et les ripostes sont donc instantanées, chacun y allant de son bon mot, de sa formule choc. Les couteaux s’aiguisent au fur et à mesure des commentaires et des invectives acides voire des insanités déversées via les médias sociaux. Tel député filloniste demande à son collègue copéiste « d’arrêter ses conneries », tel autre copéiste accuse Fillon lui-même d’être « un lâche », « un traitre », etc. Une véritable foire d’empoigne où tous les coups sont permis. A croire que tout ce beau monde cohabitait récemment encore dans le même parti et parfois même dans le même gouvernement ! Pourquoi tant de haine ? Peut-être parce que de nombreux et lourds contentieux mijotaient depuis longtemps dans les placards opaques des barons de la droite. Il est au moins certain que l’UMP est orpheline de Sarkozy, aucun autre leader charismatique et consensuel n’ayant réussi à émerger, encore moins à s’imposer.
Dans ce concert de tirs croisés, survient parfois un coup de théâtre, qui emballe de plus belle toute la troupe des lieutenants et des porte-flingues. Car, l’on a manifestement bien à faire à la bataille des batailles fratricides des deux chefs de guerre.
Imbroglio
Ainsi, trois jours après le scrutin, l’on apprend que la commission électorale(Cocoe) avait oublié de prendre en compte les résultats de trois circonscriptions d’outremer, logiquement favorables à Fillon. Nouveau psychodrame. Sur la sellette, la commission dite de recours essuie automatiquement les feux nourris des fillonistes et est accusée d’être un nid de copéistes zélés. Ragaillardi par cette aubaine, Fillon, très modeste, s’octroie alors une avance victorieuse de 26 voix, disqualifiant du coup son concurrent, lequel ne tarde pas à contester ces résultats, qui selon lui, sont entachés de fortes irrégularités. Tout en s’assurant un succès définitif, François Fillon, jouant les bons princes, annonça alors qu’il renonce finalement à la présidence tout en sollicitant Alain Juppé, tout aussi ancien Premier ministre et actuel maire de Bordeaux, d’assurer une direction transitoire du parti. Proposition aussi combattue et rejetée par le maire de Meaux. Un véritable imbroglio, où, impliqué malgré lui, le bordelais verra vite les limites de sa médiation : les deux frères ennemis sont franchement irréconciliables.
Après l’échec de cette tentative, Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République, ultime recours, sort du bois pour éviter une implosion du parti, surtout que les fillonistes venaient d’annoncer la formation d’un groupe parlementaire UMP au parlement. Il réussit alors à organiser enfin une rencontre en tête à tête avec les deux protagonistes, qui prennent l’engagement de recourir au référendum pour décider de l’éventualité d’un nouveau scrutin. Soulagement dans les deux camps, mais les sceptiques eurent raison. Ce compromis volera en effet en éclats le jour même, Fillon ayant entrepris de saisir la justice et parallèlement de déposer les statuts de son groupe parlementaire ; prétextant de cet alibi, Copé estime alors que les conditions ne sont pas réunies pour la tenue dudit référendum. En réalité, les fillonistes avaient envisagé de mettre des garde-fous pour éviter toute mauvaise surprise du camp adverse : une direction collégiale devait être mise en place jusqu’au referendum, manière de couper l’herbe sous les pieds de Copé, jusque -là accusé de fraudes et de basses manœuvres. Retour donc à la case départ.
L’UMP n’a jusque-là pas réglé son différend électoral et le risque parait grand d’une implosion du parti. Curieux quand même que les donneurs de leçons de démocratie et d’organisation d’élections démocratiques aux pays africains s’adonnent à des pratiques, en voie de disparition dans nombre de pays nouvellement démocratiques en Afrique. Les rebondissements rocambolesques et tragi-comiques de cette guerre des tranchées avait ainsi fait dire à Maitre Gilbert Collard, député du Front national cette phrase moqueuse : « l’UMP, c’est la Cote d’ivoire ! ». Il faisait alors allusion à cette situation invraisemblable à une époque récente où Gbagbo et Ouattara revendiquaient tous deux la victoire aux présidentielles ivoiriennes.
La droite française, inspiratrice des réseaux Foccart et des coups d’Etat, prompte à installer des roitelets au pouvoir en Afrique, n’avait donc qu’une culture des officines et des coups bas. En 2008, elle s’était notamment moquée des primaires socialistes, opposant Martine Aubry à Ségolène Royal et où quelques frictions étaient apparues. Elle est rattrapée par l’Histoire et là voilà qui étale au grand jour ses contradictions internes, les égos de ses dirigeants et leur manque de maturité démocratique. Pathé-tique ! Vivement que les pays démocratiques africains leur envoient des observateurs et des formateurs pour renforcer la culture démocratique des élites de la droite et de l’extrême-droite, dont le courant copéiste notamment flirte allégrement avec les thèses racistes et xénophobes ! Copé se veut en effet le chantre de la « droite décomplexée ». Pourtant, cet extrémiste est lui-même petit-fils d’immigré, son grand-père, Marcu Hirs Copelovici, médecin juif roumain, ayant émigré à Paris en 1926. Les tirailleurs sénégalais, qui avaient participé à la guerre de 1914-18 avaient donc posé le pied en France bien avant les parents du maire de Meaux ! Sarkozy, qui est d’origine hongroise, avait pourtant déjà échoué à se faire réélire en empruntant les thèses lepénistes lors de la campagne électorale.
Du reste, cette guéguerre doit bien profiter aussi bien à Nicolas Sarkozy, qui ne se voit pas encore de véritable successeur, mais aussi des partis centristes. Le front national de Marine Lepen n’est pas moins aux aguets pour accueillir à bras ouverts les frustrés et les déçus de l’UMP. N’a-t-on pas dit à une époque de la Droite française qu’elle était la plus bête du monde ? En tout cas, pour l’heure, les réseaux sociaux, eux, s’en donnent à cœur joie en parodiant les frasques de cette droite sans imagination : « ci-git l’UMP, Union des Mauvais Perdants », « l’UMP n’est pas suffisamment entré dans l’Histoire », « UMP, la droite morte », « L’UMP prise en otage par deux forcenés », on attend l’intervention du GIGN, etc. ». Tiens, pourquoi ne pas envoyer les Casques bleus de l’ONU à l’UMP pour imposer le cessez-le feu et éviter tout débordement postélectoral ? L’Union africaine devrait sérieusement y réfléchir !!!
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