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Bilan de 2 ans de Renaissance

Le président Issoufou face à la “quadrature du cercle”

mardi 23 avril 2013 par H B Tcherno

La célébration du deuxième anniversaire de la renaissance a été un grand moment d’autoglorification pour le chef de l’Etat. Pourtant, il n’y a pas de quoi jubiler, car les bonnes intentions du candidat à la présidence qu’il était sont restées des paroles… en l’air.

« Le Gouvernement a honoré la quasi-totalité des engagements pris dans le cadre du programme de renaissance ». Sortie de la bouche de Mahamadou Issoufou à l’occasion du message à la nation prononcé la veille de la commémoration de ses deux (2) ans d’exercice du pouvoir, cette déclaration a étonné plus d’un Nigérien. Ceux qui s’attendaient à un aveu d’échec de la part de sa part ont certainement dû déchanter, car le chef de l’Etat est resté dans son univers de rêves merveilleux. A l’écouter, tout est nickel au Niger. Le pays qu’il dirige se porte comme un charme, bien qu’il soit dernier dans le classement de l’Indice de développement Humain (IDH) selon le dernier rapport publié par le PNUD. En politicien qui se défausse, il attribue la responsabilité de ce rang peu enviable à l’histoire, donc à ses prédécesseurs. Sous son magistère, le Niger va beaucoup mieux, car dit-il « entre 2011 et 2012, par exemple, l’indice du développement humain a progressé à un taux supérieur à la moyenne des pays de l’Afrique au sud du Sahara. Cette progression reflète les efforts faits dans la mise en œuvre du programme de renaissance ».

Après cette entrée en matière, le président Issoufou s’est évertué à démontrer qu’il a rempli les huit (8) engagements électoraux pris devant Dieu et le peuple nigérien. Par rapport au premier d’entre eux, c’est-à-dire celui d’assurer la défense du territoire national ainsi que la sécurité des personnes et des biens, le chef de l’Etat a indiqué que le gouvernement n’a ménagé aucun effort pour renforcer les capacités terrestres et aériennes des forces de défense et de sécurité. « Doter chaque soldat d’une arme a été un autre souci auquel nous avons dû faire face ; aujourd’hui, pour la première fois de notre histoire, la masse des soldats est égale à la masse de feu. Par ailleurs, chaque soldat dispose d’une dotation en effets d’habillements digne de sa mission. Nos forces terrestres ont vu le renforcement de leur matériel automobile et de leurs moyens logistiques d’appui et de soutien, pendant que nos forces aériennes, en plus de la remise en état opérationnel de toute la flotte aérienne et de l’acquisition de nouveaux hélicoptères de combat, sont dotées d’avions de chasse... ».

En vertu du dicton qui dit que « qui veut la paix prépare la guerre », on peut comprendre le souci du président Issoufou de protéger son pays contre les démons de l’insécurité ; en revanche, on a du mal à partager son enthousiasme à dépenser autant d’argent pour se procurer une armada de guerre, alors que certains secteurs sociaux sont soumis à la diète. Et puis, étant donné qu’il a accepté la présence de forces étrangères sur notre territoire, pourquoi dépenserait-il nos maigres ressources pour se prémunir contre un danger fabriqué, hier, de toutes pièces par ceux qui, aujourd’hui, prétendent lui mener une guerre sans merci ? Pour le citoyen grognon, en achetant des armes à prix fort, le « lion de Dandaji » cherche plutôt à protéger son pouvoir contre la colère du peuple et d’éventuels ennemis internes qu’à assurer véritablement la sécurité de ses concitoyens dont les préoccupations quotidiennes sont ailleurs. Quand on sait que pour 3,5 milliards de FCFA les élèves des établissements d’enseignement public risquent une année blanche, on est en droit de questionner la pertinence du choix du président quant à l’augmentation incontrôlée du budget de la Défense. Du reste, pour une question de transparence, on aurait souhaité que le chef suprême des armées dévoile à ses compatriotes le coût financier de l’acquisition de ces armements et équipements de pointe, ainsi que le budget de l’engagement de nos forces de sécurité dans la guerre en cours au Mali.

Même le Tchad, pays réputé pour sa démocratie du fusil en bandoulière, s’est plié à cette obligation de transparence et de reddition des comptes, en rendant public le coût (57 milliards de FCFA) de l’engagement militaire de son contingent.

Le second engagement du candidat porte sur la stabilité des institutions démocratiques et républicaines à travers la promotion de la bonne gouvernance politique et économique. A ce sujet, le chef de l’Etat a indiqué que les rangs occupés par le Niger dans les classements relatifs à la liberté de la presse et à l’indice de perception de la corruption ainsi que l’éligibilité au programme du Millénium Challenge Corporation sont des indicateurs de progrès de la renaissance. Toutefois, il a admis que beaucoup reste à faire dans les domaines de la justice, de la dépolitisation de l’administration, de l’objectif « impunité zéro », de la lutte contre la corruption, de la restauration du monopole fiscal de l’Etat, de l’efficacité de la dépense… etc. Sachant pertinemment qu’on ne peut cacher les rayons du soleil avec la paume de la main, le chef de l’Etat a admis du bout des lèvres que l’on est loin des résultats escomptés. En réalité, cette reconnaissance trahit une incapacité à prendre des mesures radicales pour chatier les prédateurs des deniers publics et empêcher la répétition des scandales politico-financiers. Alors que les instruments de répression de l’enrichissement illicite et de l’impunité sont entre les mains de la Justice, le gouvernement continue de divertir les citoyens à travers des déclarations pompeuses et la création de structures inefficaces et coûteuses.

La lutte impitoyable contre l’impunité affichée comme le point fort de la campagne du candidat qu’il était, est en voie d’être un échec cuisant qui finira par lui ôter toute crédibilité. En effet, malgré sa détermination affichée d’antan à travers des discours musclés, l’objectif de moralisation de la vie publique est resté un vœu pieux. Et pour cause ! Plusieurs affaires scabreuses attendent toujours dans les tiroirs des juges, en dépit de la déclaration du ministère de tutelle de passer à une vitesse supérieure dans la cabale contre les bandits en cols blancs. Pire, chaque trimestre apporte son lot de nouveaux scandales de dilapidation de l’argent public, d’attribution ou de tentative d’attribution frauduleuse de marchés publics impliquant de hautes personnalités , à l’instar de celui de la rénovation de l’aéroport Diori Hamani. Pourtant, Mahamadou Issoufou avait promis au peuple nigérien que malgré l’adversité, il continuerait la bataille contre le détournement des deniers publics. Deux ans après, amère est le constat de se rendre à l’évidence que cette noble intention n’est restée qu’au stade du verbiage. Du moins, seuls les petits poissons sont tombés dans les mailles du filet. Alors qu’une partie de la solution se trouve entre ses mains, le premier magistrat cherche à se dérober à ses engagements en appelant à voix basse la Justice et la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA) à poursuivre les efforts de lutte contre l’impunité et la moralisation de la vie publique. A notre sens, deux raisons essentielles justifient cette grande défaillance : la course effrénée de son entourage à l’enrichissement, régulièrement dénoncée par le chef de file de l’Opposition, et la crainte d’une dislocation de l’alliance au pouvoir. Cette peur d’écroulement de la majorité l’a rendu faible vis-à-vis de ses partisans et surtout de ses alliés qui lui font toutes sortes de chantages.

Dans le domaine de la diplomatie, le président Issoufou a annoncé que l’offensive menée a permis de mobiliser d’importantes ressources auprès des Partenaires techniques et financiers (PTF) à travers la signature de multiples conventions de financement pour un montant de plus de 1591 milliards. Seulement, ce qu’on oublie, c’est que c’est aux générations futures qu’il reviendra de rembourser une bonne partie de cette moisson diplomatique sous forme de dette. Aussi, il y a lieu de s’interroger sur ce que représente le fruit de cette manne comparée aux dépenses générées par les déplacements intempestifs du chef de l’Etat et sa horde de courtisans ? Quoiqu’il en soit, l’on est loin, peut être à milles lieux, des 6.000 milliards de FCFA attendus sur la période du mandat présidentiel.

Autre défi fort du président Issoufou, l’engagement d’injecter plus de 900 milliards de FCFA dans les secteurs de l’agriculture et de l’élevage afin d’assurer la sécurité alimentaire des populations à travers l’initiative 3N. Sans sourciller, le chef de l’Etat a assuré que « le gouvernement a pu gagner ce pari. Les dispositions qu’il a prises dans le cadre du programme d’urgence ont permis de montrer que sécheresse n’est pas synonyme de famine grâce à un investissement de plus de 155 milliards ». Mieux, le président Issoufou a asséné que grâce à l’initiative 3N, le Niger est en passe de devenir exportateur de céréales ! Avec ce genre de discours, on a la nette impression qu’il ne parle pas du Niger.

Dans le domaine de la relance économique, nul besoin d’être détenteur d’un master pour comprendre que ça ne va pas. Les fonds font cruellement défaut autant dans les caisses de l’Etat que dans les poches des citoyens. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, des catastrophes naturelles s’y sont ajoutées : les éleveurs ont perdu leur bétail, les champs des sédentaires dévastés par les inondations, les marchandises des commerçants parties en fumée lors d’incendies dont les origines sont restées à ce jour non élucidés. Par rapport à l’éducation gratuite et obligatoire pour les enfants de 0 à 16 ans, le constat est assez révélateur de l’échec. Quid de la qualité de l’éducation.

Abordant le domaine de la lutte contre le chômage, le président Issoufou a fait les éloges la mise en œuvre du programme de renaissance qui aurait permis de créer plus de 251.000 emplois dont plus de 52.000 permanents. Pourtant, la courbe du chômage n’est jusque-là pas encore inversée. Par ailleurs, le commun des Nigériens ne s’explique toujours pas le refus du président d’auditer la transition de Salou et son incapacité à chasser du gouvernement les ministres incompétents.

Ce tour d’horizon des promesses du président montre que la réalité de son bilan est moins rose. Il suffit d’ôter ses lunettes en bois pour constater que le malaise social est partout perceptible. La marchandisation de l’éducation et de la santé a transformé les écoles en fabriques de crétins, et les services sanitaires en mouroirs pour les patients. Les délestages et coupures d’électricité sont devenus monnaies courantes, les robinets manquent régulièrement d’eau à Zinder et même dans certains quartiers de la capitale. La mal gouvernance, l’impunité, la corruption ont toujours droit de cité. Dans le secteur de la santé, l’état des lieux est édifiant.

La vie étant devenue plus chère, le nombre de mendiants et nécessiteux croit chaque jour. La prostitution clandestine a pris de l’ampleur. Bref, le tissu social est en train d’aller complètement en lambeaux. Face à cette galère généralisée, l’on est tenté de se demander à quoi ont réellement servi les 1950 milliards dépensés en deux ans dans le cadre des priorités du programme de la renaissance ?


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