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Qui sème le vent récolte la tempête. Autrement dit, quand on provoque le désordre, on ne doit pas s’étonner des fâcheuses conséquences. Le président Mahamadou Issoufou doit être en train de méditer ce vieux proverbe, lui qui a incité à l’intervention militaire française au Mali pendant que les maliens eux-mêmes étaient dubitatifs. Aujourd’hui, le chasseur est devenu le gibier avec les deux attaques kamikazes qui ont visé, la première une garnison militaire à Agadez, et la seconde une usine d’exploitation d’uranium à Arlit. Le bilan provisoire de ces attentats à la voiture piégée est de 35 morts dont 24 soldats, 10 assaillants et un civil. Sans compter les nombreux blessés et les pertes financières estimées, par le ministre des mines du Niger, à 18 milliards de FCFA par mois.
Œil pour œil, dent pour dent
Les cibles stratégiques choisis par les agresseurs ne laissent aucun doute sur le message de leur action belliqueuse. En s’attaquant à un camp militaire et à une usine d’uranium d’Areva, les assaillants veulent punir le Niger pour son soutien politique et militaire à l’opération Serval et la France pour son ingérence dans le conflit malien. Les groupes jihadistes avaient juré qu’ils allaient porter l’estocade à tous les pays qui ont soutenu Paris dans une expédition militaire destinée à protéger les intérêts vitaux de l’Hexagone. En cela, ce qui est arrivé n’est pas surprenant.
Avant même que la fumée des affrontements ne se dissipe, l’attaque a été revendiquée par le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), puis par les signataires par le sang, la Katiba de Mokhtar Belmokhtar alias le borgne, déclaré mort en avril dernier par le président tchadien Idriss Deby.
« Grâce à Allah, nous avons effectué deux opérations contre les ennemis de l’islam au Niger. « Nous avons attaqué la France et le Niger pour sa coopération avec la France dans la guerre contre la charia », a déclaré Abu Walid Sahraoui, porte-parole du Mujao, à l’AFP. Selon les auteurs, les épouvantables attentats qui ont endeuillé notre pays sont une première réponse à une déclaration du président Issoufou selon qui, les groupes jihadistes ont été écrasés militairement dans le septentrion malien. « Nous allons lancer plus d’opérations, si ce pays ne retire pas ses troupes de mercenaires engagées au Mali. Les colonnes de jihadistes et de candidats au martyre se tiennent prêtes et n’attendent qu’un ordre pour foncer sur leurs cibles » a menacé le groupe des signataires par le sang.
Cette attaque kamikaze rappelle celle du site gazier d’In Amenas en Algérie revendiquée également par la Katiba du dangereux borgne. Dans le cas du Niger, le président Issoufou a affirmé de façon péremptoire, lors d’un discours en hommage aux victimes des attentats à Agadez, que les agresseurs sont venus du Sud libyen devenu, selon les médias occidentaux, le nouveau sanctuaire des salafistes. « J’ai confirmé, à l’occasion de cette visite, la provenance du danger. Le foyer qui déstabilise aujourd’hui le Sahel, se trouve en Libye. Je l’ai confirmé parce que les assaillants sont venus du sud de la Libye et cette attaque contre le Niger a été préparée en parallèle avec une autre attaque qui visait le Tchad ». Le démenti aux propos de Mahamadou Issoufou n’a pas tardé. Depuis Bruxelles où il se trouve en visite officielle, le Premier ministre libyen, Ali Zeidan, a affirmé qu’il s’agit d’allégations « sans fondement », « qui ne correspondent pas à la réalité ». Voilà qui détériore davantage les relations diplomatiques entre nos deux pays déjà mises à mal par le refus de Niamey d’extrader vers Tripoli le fils du défunt guide de la Jamahiriya.
Mais, laissons ce contentieux aux diplomates pour questionner les circonstances de la commission des attentats d’Agadez et d’Arlit, les premiers-prions Dieu qu’ils soient les derniers- de l’histoire de notre pays. Nous ne comprenons pas comment les commanditaires ont réussi leurs actions ignobles dans une région totalement quadrillée par les forces de défense et de sécurité et de surcroit ayant à sa tête un gouverneur militaire présenté d’ailleurs comme un dur à cuir. Le concert de compassions vis-à-vis des familles des victimes innocentes de ces attentats ne doit pas nous empêcher de nous poser une série de questions : Comment un petit groupe de gens a t-il réussi à déjouer la vigilance de tout le dispositif sécuritaire de la région pour s’infiltrer dans une compagnie militaire et commettre leur forfait ? Comment ont-ils parcouru des centaines de kilomètres depuis la frontière sans être repérés, s’ils venaient de la Libye comme le prétend Mahamadou Issoufou ? A quoi servent les forces spéciales étrangères et les avions de surveillance installés dans notre pays en contradiction avec notre souveraineté, si cette armada ne peut pas nous prémunir d’une infiltration d’éléments terroristes ? Pourquoi le Président de la République a-t-il pris le risque de frustrer nos forces de sécurité, en faisant appel à l’armée française pour neutraliser paraît-il deux individus aussi dangereux soient-ils ?
En effet, l’appel au secours du président à l’armée française est perçu par une partie de nos concitoyens comme une humiliation faite à notre armée. En attendant les réponses à ces interrogations, le deuil qui nous frappe ne doit pas nous dissuader de relancer le débat sur la participation de notre armée dans l’expédition militaire au Mali et d’évaluer la responsabilité du président Issoufou dans ce qui est advenu.
Rappelez-vous, pour justifier l’acceptation des forces étrangères sur notre territoire, celui-ci avait affirmé que « sans les renseignements que nous fournissent Américains et Français, nous serions restés aveugles et sourds face à la menace terroriste ». La présence des commandos et corps d’élite de ces pays amis n’a rien empêché ; au contraire elle a eu l’inconvénient de relâcher la vigilance de nos forces de sécurité. Malgré donc tous les moyens militaires et financiers déployés pour nous protéger, cette attaque épouvantable vient confirmer que le danger est dans nos murs. Dès lors, il y a lieu de s’interroger si nous devons continuer à maintenir nos soldats hors de nos frontières alors que la maison est en danger ?
Aujourd’hui, le Niger paie très cher le bellicisme du chef de l’Etat dans le conflit au Mali. Au lieu d’investir son énergie à protéger nos frontières poreuses- comme le lui a demandé une partie de ses concitoyens- il s’est donné un malin plaisir à se mêler des querelles dans la cour du voisin. Or, quand on rentre dans une bagarre dangereuse, on ne doit pas s’étonner de recevoir des coups mortels. Cette prétendue guerre contre le terrorisme n’était pas la nôtre. Nous avons tous appris comment l’Etat major français a convaincu François Hollande à sauter le pas après le refus de son prédécesseur. Sans mesurer les risques pour notre pays, Issoufou s’est automatiquement rangé derrière Hollande, faisant dire dans certains milieux anti guerre à Paris qu’il est devenu le soldat de la France. Du coup, les langues fourchues disent que la responsabilité de nos morts n’incombe pas seulement aux terroristes, mais à tous ceux qui ont travaillé jour et nuit pour rendre inévitable la guerre au Mali.
Les évènements douloureux d’Agadez nous renforcent dans la position que le chef de l’Etat a été très mal inspiré de fourrer son nez dans le conflit malien. Dès le début, nous avions alerté -en vain- sur le fait que cette intervention militaire n’allait pas régler le problème malien ; mais qu’à défaut de l’accroître, elle allait exporter le danger ailleurs. C’est malheureusement, le cas avec la dispersion des jihadistes (selon les termes d’Yves Le Drian) dans tout le Sahel et peut être au-delà. Du reste, comme l’écrivait le philosophe Alain, « la guerre est pire que tous les maux qu’elle prétend résoudre par elle ». Partout, où il y a eu des interventions militaires occidentales, la mort continue à rôder comme en Afghanistan, en Irak, en Côte d’Ivoire et en Libye.
Il n’y a pas longtemps, le président Issoufou lui-même l’a reconnu en disant que la guerre menée en Libye n’a pas permis de gagner la paix. Il faut savoir également que les jihadistes et les occidentaux marchent souvent ensemble. Les pays occidentaux les utilisent pour assurer ou renforcer leur présence dans les régions du monde qu’ils convoitent à cause de leurs richesses naturelles.
Les méchants sont-ils parmi nous ?
La piste des enquêteurs s’est orientée rapidement vers des connivences internes. Selon les premiers éléments de l’enquête, les kamikazes auraient exécuté leur sale besogne avec des complicités locales. Les enquêteurs ont retrouvé sur les débris du véhicule utilisés par les assaillants une plaque d’immatriculation nigérienne. Les forces de sécurité ont procédé à des fouilles dans les maisons et à plusieurs arrestations. La rumeur prétend que le propriétaire de la voiture a été appréhendé et transféré vers la capitale.
Pour certains membres du gouvernement nigérien, les méchants sont parmi nous. Les premières déclarations publiques faites par eux incitent à le dire. On a entendu le ministre de la Défense, Mahamadou Karidjo déclarer sur les ondes des radios internationales que la double attaque a été perpétrée par des « peaux rouges », en référence à des membres des communautés arabe et touarègue. Alors que les nigériens n’ont pas fini de marquer leur étonnement face à cette sortie maladroite, le ministre des Affaires Etrangères, Bazoum Mohamed attise le feu en disant sur RFI que le MUJAO qui a revendiqué les deux attentats a recruté des jeunes peuls de la région de Tillabéri. Une façon très subtile de désigner l’ennemi…à abattre. N’eut été la gravité du sujet, ces déclarations des deux super ministres auraient pu être inscrites au registre de bourdes à répétition auxquelles nous ont habitués certains ténors du régime de la renaissance. Mais, elles ont été faites en toute connaissance de cause par les concernés dans un contexte d’émoi et de deuil national.
Dès lors, il y a lieu de s’interroger si l’intention de ces personnalités n’est pas de déclencher une opération de vengeance des familles des victimes à travers une chasse aux membres des communautés indexées ? Disons les choses clairement : ces propos sont irresponsables, parce qu’ils sont de nature à jeter de l’huile sur le feu dans un pays où l’on peine déjà à panser les plaies de fractures communautaires. Si à chaque fois qu’un citoyen mécontent tire en l’air, on voit derrière son acte solitaire toute sa communauté ; alors disons tout simplement adieu au rêve de l’unité nationale et de construction d’une nation une et indivisible. En attendant que l’enquête en cours nous situe sur les commanditaires du double attentat et leurs complices locaux, nous pensons que les débordements des deux membres du gouvernement méritent un rappel à l’ordre.
La peur a changé de camp
On savait bien que notre pays vivait dans une paix précaire depuis la menace des jihadistes de nous faire payer la participation de notre armée à la guerre au Mali. Mais, personne n’aurait imaginé des attaques aussi sanglantes en ce moment, alors que nous avons investi beaucoup d’argent dans la sécurité-priorité parmi les priorités du régime de la renaissance-, accepté la présence de soldats étrangers et d’avions de surveillance sur notre territoire. En dépit de ce dispositif impressionnant et de l’acquisition des avions de chasse au détriment des secteurs sociaux notamment la santé et l’éducation, les jihadistes sont parvenus à honorer leur promesse de nous punir. C’est dire que contrairement à ce que l’on nous a fait croire, la tête du serpent n’a pas été écrasée. Il s’agit d’un mensonge organisé pour justifier les augmentations des dépenses militaires pas seulement au Niger, mais dans tous les pays qui se sont engagés dans cette aventure militaire dans le désert.
Après le carnage du double attentat à Agadez et Arlit, la peur a changé de camp. Un sentiment de panique s’est emparé de la population dans les gros centres urbains et localités abritant des sites stratégiques. Du coup, après le service, les gens flânent moins dans les rues et les abonnés des maquis et bistrots s’attardent très peu dans leurs coins habituels. Par peur de constituer une cible de cet ennemi invisible. Mais, il n’y a pas que le citoyen lambda qui dort d’un œil. La psychose a gagné apparemment les autorités qui ont décidé spontanément d’accentuer la sécurité aux endroits stratégiques de la capitale. Dans le quartier administratif, des nouvelles mesures de sécurité ont été prises pour protéger les bâtiments officiels. Les conditions d’accès aux enceintes des services publics ne sont plus les mêmes pour les visiteurs soumis à des contrôles. Des périmètres de sécurité ont été établis devant certains ministères. Par ailleurs, le dispositif sécuritaire entourant les déplacements du président Issoufou a été visiblement renforcé donnant l’impression que lui-même a pris peur. La veille de son arrivée à Agadez, toute la ville a été quadrillée par les forces de défense et de sécurité pour parer à toute éventualité. En revanche, on ne constate aucune mesure spéciale de sécurité autour des centres commerciaux et établissements d’enseignement où des innocents cherchent le savoir. Que va faire Issoufou pour défendre la patrie face à un adversaire déterminé et insaisissable ? Que Dieu sauve le Niger !
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