La CEDEAO manque d’argent pour ses troupes
mardi 5 mars 2013 par H B Tcherno
Environ 450 milliards de F.CFA. C’est l’enveloppe colossale nécessaire à l’aide humanitaire, mais surtout au financement des opérations militaires en cours au Mali destinées, officiellement, à traquer les djihadistes et autres groupes armés qui ont fait fuir, en un laps de temps, l’armée malienne des localités du Nord du pays. L’annonce a été a faite le 25 février par le ministre ivoirien des Affaires étrangères, M. Charles Diby Koffi à l’occasion de la réunion du conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO à Abidjan. Cette réévaluation à la hausse du budget de la guerre des dunes de sable et de montagnes est justifiée par le relèvement des effectifs du contingent militaire africain qui passera à 8.000 hommes pour faire face « aux exigences d’une guerre asymétrique ou d’usure » a indiqué le ministre ivoirien. L’augmentation significative des effectifs des soldats de la CEDEAO a été décidée devant la résistance inattendue des djihadistes qui continuent à livrer des batailles farouches contre les forces coalisées jusque dans les grandes conquises par l’armée française dans le cadre d’une opération aéroterrestre d’envergure baptisée Serval, en référence au nom d’un félin du désert africain.
Au départ, les experts de la CEDEAO avaient fixée le nombre des bidasses de la Mission de soutien au Mali (MISMA) à 3.300, à l’exception des 2000 tchadiens envoyés sur le front par Idriss Déby pour des motivations que le temps nous permettra d’élucider. Promesses importantes…
Avant même le sommet des chefs d’Etat de la CEDEAO qui a ouvert ses travaux ce 27 février à Yamoussoukro, la réunion des ministres des Affaires étrangères d’Abidjan a lancée un appel pressant à un financement additionnel pour couvrir les besoins des bataillons africains censés prendre le relais de l’armée française après son retrait envisagée en mars, puis reportée à une date indéterminée. Chacun sait que cette requête s’adresse en particulier aux pays riches qui ont promis fin janvier dernier, au sortir d’une conférence à Addis-Abeba une somme de plus de 455 millions de dollars (219,7 milliards de FCFA) comme aide au déploiement des troupes africaines. Ce pactole n’est même pas tombé dans les coffres, et voilà que l’UA monte les enchères en portant l’enveloppe au double du montant initial. En faisant cette demande d’assistance financière colossale, le comité technique composé des experts et chefs militaires africains lorgnait visiblement avec gourmandise du côté du budget des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, qui s’élèvent à sept milliards de dollars par an. Les auteurs du montage opérationnel pensaient appâter les fonctionnaires onusiens avec l’idée de placer les troupes africaines sous la bannière de l’ONU avec l’acronyme de MISMA (mission internationale de soutien au Mali). Pourtant, avant même l’intervention militaire unilatérale décidée par le colon Hollande, la demande de financement de la force en attente de la CEDEAO (MICEMA) avait butée sur un blocage en raison des réticences étatsuniennes-plus gros contributeur de l’ONU- et du gonflement -entendre surfacturation- du budget de l’opération. Les diplomates onusiens avaient jugé astronomique le coût de l’opération dont la mission devra consister à protéger les institutions républicaines de transition, à rétablir l’intégrité territoriale du Mali et à bouter les islamistes radicaux hors du pays. Du coup, les collaborateurs de Banki Moon ont demandé à la CEDEAO de revoir sa copie, en donnant davantage de précisions sur le mandat, les objectifs, les moyens financiers et les modalités de déploiement de la force africaine. Après moult tractations diplomatiques, les « maitres du monde » ont avalisé le document des africains à travers le Conseil de sécurité qui a immédiatement demandé au Secrétaire Général de créer un fonds d’affectation spécial, dans lequel les États membres pourront verser de manière volontaire des contributions financières destinées à la MISMA et à l’équipement des forces de défense et de sécurité maliennes. Depuis lors, l’argent tombe à compte gouttes. Face à la lenteur du décaissement des fonds, un haut fonctionnaire onusien a tiré la sonnette d’alarme en révélant il y a quelques jours, que l’appel de fonds de l’ONU en faveur du Mali pour 2013 estimée à 373 millions de dollars n’a été financé qu’à hauteur de 17 millions de dollars. En effet, les pays occidentaux en proie à de graves difficultés économiques renâclent à sortir le chéquier. En plus, la plupart d’entre eux dépensent des sommes faramineuses pour venir en aide aux rebelles islamistes engagés dans une lutte à mort contre le pouvoir d’Assad en Syrie. Pour ce qui est des Etats-Unis, jusqu’ici leur contribution s’est bornée à appuyer Paris dans le transport des troupes et des engins de mort ; à partager des renseignements recueillis au moyen des avions espions. Si la Maison Blanche a renoncée à sa décision inamicale de facturer cet appui logistique apportée à l’Elysée ; elle devra à coup sûr supporter les énormes coûts liés à la présence de drones et d’une centaine de commandos stationnés au Niger dont la mission est de faire d’une pierre deux coups : accroitre la surveillance des groupes armés dans le Sahara et contrecarrer la présence chinoise sur cette partie du continent très riche en ressources stratégiques. Toute-fois, certaines sources indiquent que Washington a octroyé 96 millions de dollars pour l’entraînement et l’équipement de la Misma.
Sur le continent, l’UA a promis d’y contribuer à hauteur de 10%, tandis que la Commu-nauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a annoncé 10 millions de dollars US comme contribution aux besoins d’urgence de déploiement. Combien ont été effectivement débloqués ? Motus et bouche cousue ! Lors de l’ouverture du sommet de Yamoussoukro aucun point global n’a été fait sur les sommes effectivement décaissées. Cette omerta est-elle à inscrire sur le registre du traditionnel manque de transparence dans le cadre des affectations budgétaires de la Défense ? Les chefs d’Etat redoutent-ils que le dévoilement des chiffres de la moisson sape le moral des troupes sur le théâtre des affrontements au péril de leurs vies ? Atermoiement des donateurs
« L’heure n’est plus aux discours (...) mais plutôt à l’action » a tancé Idriss Deby Itno à l’ouverture de la Session ordinaire de la CEDEAO. Le président tchadien a été l’invité choyé de ce sommet, car son pays a fourni non seulement le plus gros contingent, mais payé le plus lourd tribut avec 27 soldats tués dans les combats. Son appel sera-t-il entendu par ses pairs ? Nous le saurons dans les jours à venir. L’inquiétude du président tchadien est partagée par Alassane Ouattara qui a indiqué lors du discours d’ouverture que « la concrétisation de ces promesses de fonds constitue une priorité pour assurer l’opérationnalité des effectifs actuels de la MISMA ». En effet, une chose est de vouloir porter la mort chez autrui ; une autre est d’avoir la capacité de supporter le coût financier de la guerre. Les roitelets ouest africains qui se sont distingués par leurs discours guerriers, alors que les autorités de transition malienne penchaient pour le dialogue sauront-ils trouver le nerf de la guerre ? Ont-ils le soutien populaire nécessaire pour engager des centaines de milliards dans une guerre néocoloniale qui commence à tourner à la chasse aux hommes et aux femmes dont le seul crime est d’appartenir à certaines communautés ? Rien n’est moins sûr au regard des situations intérieures et de l’état des finances publiques de la plupart des pays de la CEDEAO en particulier ceux qui ont envoyés des soldats sur le territoire malien. A commencer par la Côte d’Ivoire qui assure la présidence de l’institution communautaire. « L’élé-phant d’Afrique » dépense déjà beaucoup d’argent pour assurer la surveillance de ses frontières et suivre les mouvements des partisans de Laurent G. Le pouvoir de Dramane Ouattara fait face aussi à un mécontentement social lié à la cherté de la vie qui conduit régulièrement les agents de l’Etat à observer des arrêts de travail pour exiger un déblocage et une revalorisation des salaires. L’état du trésor public du pays qui sort d’une terrible crise post électorale ne lui permet pas d’être généreux. La situation économique n’est guère reluisante au pays de la Teranga. Le Sénégal qui a promis de déployer 500 soldats a, selon la presse dakaroise, un besoin de 200 milliards de francs Cfa pour régler des problèmes urgents. Autre pays engagé au Mali, le Nigéria avec une annonce d’un effectif de 500 soldats. Mais, Goodluck Jonathan a les mains liés parce qu’il dépense déjà de fortes sommes d’argent pour contenir la menace des islamistes de la secte Boko Haram et depuis quelques jours pour retrouver les occidentaux enlevés au Cameroun. Passons rapidement sur le cas Burkina Faso qui a promis 650 soldats, mais dont le positionnement suscite des suspicions dans les autres capitales et les chancelleries occidentales.
Enfin, venons-en au Niger dont 500 militaires sont sur le théâtre des opérations. Notre pays a lancé le 19 Février par la voix de son Premier ministre un appel urgent à la solidarité internationale pour mobiliser environ 177 milliards de FCFA afin subvenir aux besoins multisectoriels d’entre 2 à 3 millions de personnes exposées en insécurité alimentaire entre Janvier et décembre 2013. Sans oublier la prise en charge d’environ 60 000 refugiés Maliens et retournés nigériens, qui ont fui la guerre dans le nord du Mali. Sur le plan social, le gouvernement nigérien fait face à de sérieux problèmes notamment dans le domaine de l’éducation où les grèves des enseignants contractuels pour réclamer, entres autres, le paiement des primes de transport jettent une ombre sur le bon déroulement de l’année scolaire. Or, à croire le ministre porte parole du gouvernement, Niamey aurait investi de gros moyens pour la sécurisation de son territoire -ce qui est une bonne chose-et la prise en charge de son contingent en attendant le décaissement du fonds d’affectation spéciale.
Cet état des lieux signifie que le financement de la Misma pose de gros soucis à nos dirigeants. Or, la « pacification » du pays de Modibo Keita pourrait requérir une présence militaire étrangère durable. Avec la reprise des combats dans des zones que l’on croyait libérés, les attentats suicides, les attaques kamikazes, les analystes estiment que la guerre risque d’être plus longue que prévue et donc forcément coûteuse. Dès lors se pose la question de qui va payer ? Il est clair que la France qui a déjà dépensée selon le ministre français de la Défense Jean Yves Le Drian environ 200 millions d’euros ne supportera pas longtemps toute seule la facture très salée de son engagement militaire et de la chasse aux islamistes radicaux dans l’Adrar des Ifoghas. L’opinion publique pourrait rapidement se retourner contre François Hollande le conquérant dont le pays enregistre trois millions de sans emplois.
Si les donateurs ne se montrent pas généreux, les dirigeants ouest-africains vont certainement s’attribuer des pouvoirs exceptionnels afin de couvrir les dépenses nécessaires au conflit. La manière la plus simple de trouver de l’argent consiste à le chercher dans les poches des particuliers en procédant à des augmentations des taxes ou à des téléthons à grands coups de propagande vantant le patriotisme. Et, cela ne manquera pas de pourrir la situation intérieure. Sauf, si la France accepte de payer la facture en attendant de pomper les ressources du sous sol qui justifie d’ailleurs son intervention militaire précipitée. Alors, il faut considérer l’argent injecté par Paris pour « sauver le Mali » comme étant une dette démentielle ! Ce qui signifie que ce sont les honnêtes citoyens déjà appauvris par les extorsions des groupes armés qui paieront la facture de cette guerre aux allures d’une expédition coloniale.
Au stade actuel, l’argent manque. Or, si le pognon continue à manquer, les petits gars peuvent devenir méchants à l’égard des chefs. L’histoire contemporaine est riche de revendications corporatistes de soldats ayant retourné les armes contre la hiérarchie.
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